Histoire et culture de l'Ukraine : de Kyiv a aujourd'hui
L'Ukraine est le deuxième plus grand pays d'Europe par la superficie, après la Russie, et l'un des plus méconnus de son public francophone. Son histoire, vieille de plus de mille ans, oscille entre grandeur médiévale, occupations successives, tragédies du XXe siècle et renaissance moderne. Comprendre l'Ukraine, c'est comprendre une identité construite à la croisée de plusieurs mondes : slave, byzantin, polono-lituanien, cosaque, habsbourgeois, soviétique, européen.
Ce dossier synthétise mille ans d'histoire ukrainienne : Russie kiévienne, Grand-Duché de Lituanie, Cosaques, Empire russe et Habsbourg, période soviétique, indépendance de 1991. Il aborde aussi la religion, la langue, la cuisine, les traditions et l'identité contemporaine.
- Origines : la Russie kiévienne et les Polianes
- Du Royaume de Pologne-Lituanie au Cosaquisme
- Empires russe et habsbourgeois au XIXe siècle
- L'Ukraine soviétique et l'Holodomor
- Indépendance 1991 et construction identitaire
- Religion : orthodoxie, uniatisme, tendances
- Langue ukrainienne : histoire et situation post-2022
- Culture populaire : cuisine, traditions, fêtes
- Ukraine contemporaine : littérature, cinéma, musique
- Questions fréquentes
Aux origines : la Russie kiévienne et les Polianes (IXe-XIIIe siècles)
Au IXe siècle, les terres qui forment aujourd'hui l'Ukraine sont occupées par plusieurs tribus slaves orientales : Polianes autour de Kyiv, Siveriens à l'est, Drevlianes au nord-ouest, Bouzhanes et Ouliches au sud. Ces populations sédentaires pratiquent l'agriculture sur les terres noires exceptionnellement fertiles et commercent le long du Dniepr, axe majeur des échanges entre la Baltique et Constantinople.
Selon la Chronique des temps passés, c'est vers 882 que le prince varègue Oleg (Oleh) prend le contrôle de Kyiv et réunit ces territoires, posant les bases de ce que les historiens appellent la Russie kiévienne (Kyivan Rus) ; cette date traditionnelle reste débattue. Cet État médiéval, qui atteint son apogée aux Xe et XIe siècles sous Volodymyr le Grand et Iaroslav le Sage, est considéré comme l'une des origines historiques de l'Ukraine, de la Russie et de la Biélorussie, chacune en proposant sa propre lecture. Volodymyr convertit le pays au christianisme de rite byzantin en 988, un choix qui oriente durablement la culture ukrainienne vers la tradition byzantine.
La Russie kiévienne se fragmente progressivement en principautés rivales à partir du XIIe siècle ; l'invasion mongole de 1240 détruit Kyiv et provoque l'exode d'une partie des élites vers le nord (principautés de Vladimir et Moscou) ou l'ouest. Pour une plongée plus détaillée dans cette période, voyez notre article sur la Russie kiévienne et les slaves du Dniepr.
Du Royaume de Pologne-Lituanie au Cosaquisme (XIVe-XVIIIe siècles)
À partir du XIVe siècle, les terres ukrainiennes passent successivement sous la domination du Grand-Duché de Lituanie puis de la République des Deux Nations (Pologne-Lituanie) après l'Union de Lublin en 1569. Cette longue période marque profondément la culture ukrainienne : urbanisation, imprimerie, influences occidentales, naissance de l'église uniate (gréco-catholique) en 1596 qui allie rite byzantin et autorité papale. Pour comprendre le contexte polonais de cette période, la chronologie de l'histoire polonaise, liée depuis des siècles à l'Ukraine, offre un éclairage indispensable sur les relations entre ces deux nations voisines.
Au XVIe siècle émerge le phénomène cosaque : des hommes libres, souvent des paysans fuyant le servage, s'organisent en communautés militaires autonomes au-delà des rapides du Dniepr (la Sitch zaporogue). Les Cosaques combattent les Tatars de Crimée, les Ottomans et parfois les Polonais. Leur culture, mêlant christianisme orthodoxe, liberté individuelle et démocratie élective, devient un pilier de l'identité ukrainienne.

La révolte cosaque de Bohdan Khmelnytsky en 1648 débouche sur l'Hetmanat cosaque, un État quasi-indépendant qui dure plus d'un siècle. Le traité de Pereiaslav en 1654, souvent mal interprété, marque le début d'une alliance puis d'une sujétion progressive à la Russie tsariste. L'Hetmanat est finalement supprimé par Catherine II en 1764.
Empires russe et habsbourgeois au XIXe siècle
Au XIXe siècle, l'Ukraine est partagée entre deux empires : l'Empire russe pour l'est et le centre, l'Empire des Habsbourg (Autriche puis Autriche-Hongrie) pour l'ouest (Galicie, Bucovine). Cette division laisse des traces durables : les régions de l'ouest (Lviv, Ivano-Frankivsk) conservent une forte identité catholique-uniate et une proximité culturelle avec l'Europe centrale, tandis que le centre et l'est sont russifiés par une politique d'interdiction de l'ukrainien (édit d'Ems en 1876).
Ce XIXe siècle est aussi celui de l'éveil national ukrainien. Des intellectuels comme Taras Chevtchenko (1814-1861), poète et peintre, forgent la conscience linguistique et culturelle moderne. Ses poèmes en ukrainien, circulant malgré la censure, deviennent le socle de l'identité nationale. Ivan Franko, Lessia Oukrainka et Mykhailo Hrushevsky poursuivent cette œuvre fondatrice.
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L'Ukraine soviétique et l'Holodomor (1917-1991)
La Révolution de 1917 ouvre une brève période d'indépendance ukrainienne (République populaire ukrainienne, 1917-1920) avant l'absorption par l'URSS. La République socialiste soviétique d'Ukraine est créée en 1922. Les années 1920 voient une politique d'ukrainization (promotion de la langue et de la culture) suivie d'une brutale réaction stalinienne dans les années 1930.
L'Holodomor de 1932-1933 est l'épisode le plus tragique de cette période : une famine provoquée par la politique de collectivisation forcée et les réquisitions de grain, qui cause la mort d'environ 4 millions d'Ukrainiens selon les estimations démographiques les plus courantes (les fourchettes publiées vont de 3,5 à plus de 5 millions). Reconnue comme génocide par l'Ukraine depuis 2006 et par de nombreux pays ; en France, l'Assemblée nationale (28 mars 2023) et le Sénat (17 mai 2023) ont adopté des résolutions en ce sens, elle constitue un élément fondateur de la mémoire nationale contemporaine.
La Seconde Guerre mondiale marque une autre tragédie : l'Ukraine est le principal théâtre de la guerre germano-soviétique, perdant plusieurs millions d'habitants (les estimations les plus citées avoisinent 8 millions de morts, civils et militaires). Kyiv est lourdement endommagée. Après la guerre, sous Khrouchtchev et Brejnev, l'Ukraine soviétique connaît une relative prospérité industrielle mais reste un pays-ressource avec une identité étouffée.
Indépendance 1991 et construction identitaire
Le 24 août 1991, après le putsch manqué de Moscou contre Gorbatchev, le Parlement ukrainien proclame l'indépendance, confirmée par référendum le 1er décembre avec 90,3 % de oui. L'Ukraine devient une république démocratique confrontée à d'immenses défis : reconstruire une économie, définir une identité politique, gérer l'héritage soviétique.
Les années 2000 et 2010 voient trois moments politiques majeurs : la Révolution orange de 2004 contre la fraude électorale, l'Euromaidan de 2013-2014 pour l'orientation européenne, puis l'agression russe de 2014 (annexion de la Crimée) et 2022 (invasion à grande échelle). Ces événements ont fortement accéléré la reconstruction d'une identité nationale autonome, distincte de la Russie.
Religion : orthodoxie, uniatisme et nouvelles tendances
L'Ukraine est majoritairement chrétienne, avec un paysage religieux complexe.
- Église orthodoxe d'Ukraine (OCU) : autocéphale depuis 2019 (tomos remis par le patriarche de Constantinople), première Église du pays par le nombre de fidèles déclarés (environ 35 % de la population en 2024, selon le centre Razumkov).
- Église orthodoxe ukrainienne, historiquement rattachée au patriarcat de Moscou (UOC) : environ 5 % de la population en 2024 selon Razumkov, en fort déclin depuis 2022, avec des controverses liées à ses liens avec Moscou ; une loi d'août 2024 vise les organisations religieuses liées à la Russie.
- Église gréco-catholique ukrainienne (uniate) : environ 12 % de la population en 2024, dominante dans l'ouest (Galicie), rite byzantin, communion romaine.
- Minorités : protestants (pentecôtistes, baptistes), communautés juive et musulmane (notamment les Tatars de Crimée, dont une grande partie vit sous occupation russe depuis 2014).
Pour approfondir la dimension orthodoxe, voyez aussi notre article sur la religion orthodoxe en Ukraine.
Langue ukrainienne : histoire et situation post-2022
L'ukrainien est une langue slave orientale, apparentée au russe et au biélorusse. Elle possède son propre alphabet cyrillique légèrement différent, une phonétique distincte (un « h » aspiré noté г, et les lettres і, ї, є et ґ) et une littérature moderne qui se développe depuis la fin du XVIIIe siècle.
Jusqu'en 2022, le russe restait très pratiqué, particulièrement à l'est et à Kyiv. Depuis l'invasion, un basculement linguistique notable s'est produit : de nombreux russophones ont adopté l'ukrainien au quotidien comme marqueur d'identité. La langue russe, sans être interdite, est progressivement remplacée dans l'espace public, culturel et commercial.
Culture populaire : cuisine, traditions, fêtes

La cuisine ukrainienne est l'une des plus attachantes d'Europe de l'Est. Ses piliers : bortsch (soupe de betterave rouge), varenyky (raviolis farcis), holubtsi (choux farcis), salo (lard de porc salé), deruny (galettes de pomme de terre), kapusniak (soupe aux choux), syrnyky (galettes de fromage blanc). Le pain noir et le fromage blanc sont omniprésents. Les boissons traditionnelles incluent la horilka (vodka ukrainienne), le kvass (boisson fermentée de pain) et la bière locale.
Les traditions vivent particulièrement autour des fêtes religieuses : Pâques (avec ses pysanky, œufs décorés), Noël (le 25 décembre depuis 2023), Saint-Nicolas, Malanka (vieux nouvel an ukrainien). La peinture de Petrykivka, la céramique peinte de Kosiv et la décoration des pysanky figurent sur les listes du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO ; les broderies vyshyvanka, les tapis tissés main et les sculptures hutsules font aussi partie du patrimoine artisanal.
Ukraine contemporaine : littérature, cinéma, musique
La culture ukrainienne contemporaine connaît une vitalité remarquable depuis l'indépendance, amplifiée depuis 2022. En littérature, Serhiy Zhadan, Oksana Zabuzhko, Andreï Kourkov (qui écrit en russe) sont traduits dans le monde entier. Le cinéma, avec des réalisateurs comme Valentyn Vasyanovych (Atlantis, Reflection), Myroslav Slaboshpytskyi (The Tribe), gagne en reconnaissance internationale.
La musique contemporaine combine électro et traditions : Okean Elzy, DakhaBrakha, Onuka et plus récemment Kalush Orchestra (vainqueur de l'Eurovision 2022) portent l'ukrainien sur toutes les scènes. Les musées de Kyiv et Lviv (PinchukArtCentre, Mystetskyi Arsenal, Lviv Palace of Arts) organisent une programmation internationale malgré le contexte. L'ensemble des traditions anciennes nourrit une scène créative incroyablement dynamique, que l'on pourra prolonger à travers la découverte de l'héritage culturel slave en général.
A lire aussi : Histoire de Kyiv : des origines à l'Ukraine contemporaine — Pour approfondir 1500 ans d'histoire de la capitale.
À lire aussi : traditions et identité ukrainiennes — 15 clés pour comprendre la vyshyvanka, le hopak, les pysanky et l'identité ukrainienne.
A lire aussi : carte régionale et particularités historiques des oblasts — Pour approfondir le découpage administratif et culturel.
Questions fréquentes sur l'histoire et la culture ukrainiennes
Quel est l'ancien nom de Kiev ?
Kyiv est la transcription du nom ukrainien de la ville ; « Kiev » est la forme française traditionnelle, issue du russe. La légende en attribue la fondation à trois frères, Kyi, Chtchek et Khoryv, et à leur sœur Lybid.
Quelle différence entre Russe et Ukrainien ?
Origines slaves orientales communes, mais histoires distinctes depuis mille ans : langue ukrainienne propre, périodes polono-lituanienne, cosaque, habsbourgeoise, identité nationale construite au XIXe.
Quelle est la religion principale en Ukraine ?
Orthodoxie (environ 55 % de la population en 2024 selon le centre Razumkov, contre 70 % en 2014), divisée entre l'Église autocéphale (OCU) et celle liée historiquement au patriarcat de Moscou (en déclin). Église gréco-catholique forte dans l'ouest (environ 12 %). Minorités protestantes, juives et musulmanes.
Qu'est-ce que l'Holodomor ?
Famine provoquée par la collectivisation stalinienne en 1932-1933, environ 4 millions de morts en Ukraine selon les estimations les plus courantes. Reconnue comme génocide par de nombreux pays ; en France, par des résolutions de l'Assemblée nationale et du Sénat en 2023.
Quelles sont les fêtes ukrainiennes importantes ?
Noël (25 décembre depuis 2023, 7 janvier pour les fidèles restés au calendrier julien), Malanka (veille du Vieux Nouvel An, 13 janvier au soir), Pâques orthodoxe, Jour de l'Indépendance (24 août), fête de la Vyshyvanka (3e jeudi de mai).
Quelle est la capitale historique de l'Ukraine ?
Kyiv est la capitale historique de la Russie kiévienne (XIe siècle) et est restée un centre spirituel et culturel malgré les dominations successives. Kharkiv fut toutefois capitale de la RSS d'Ukraine de 1919 à 1934.


